Le prochain barreau
Je ne sais pas exactement à quel moment je me suis dit que faire une via ferrata était une bonne idée. Ce jour-là, accrochée à une paroi rocheuse avec du vide sous mes pieds, je me suis quand même posé la question. Et pas qu’une fois. Entre la peur, le vertige et cette petite voix qui me soufflait de continuer, j’ai découvert qu’il n’était finalement pas nécessaire de voir tout le chemin pour avancer.

« On n’a pas toujours besoin de voir tout le chemin. Parfois, il suffit de savoir où poser le prochain pied. »
Mais qu’est-ce que je fais là ?
J’aime la montagne.
J’aime marcher.
J’aime arriver en haut et regarder le paysage.
Être accrochée à une paroi rocheuse avec un mousqueton, quelques barreaux métalliques et du vide sous les pieds, c’est encore autre chose.
Alors oui, j’avais peur.
Et très franchement, il y a eu des moments où je me suis demandé :
« Mais qu’est-ce que je fais là ? »
J’aurais très bien pu rester en bas.
Personne ne m’avait obligée à monter.
Et pourtant, j’étais là.
Alors j’ai continué.
Ne pas regarder trop loin
Au début, j’avais tendance à regarder ce qui m’attendait.
Et parfois, ce n’était vraiment pas une bonne idée.
Parce que lorsque je regardais toute la paroi qu’il me restait à parcourir, mon cerveau commençait immédiatement à réfléchir.
Est-ce que je vais y arriver ?
Est-ce que j’aurai assez de force ?
Et si j’ai peur ?
Et si je reste bloquée ?
Bref.
Tout ce qu’il fallait pour me rassurer.
Alors j’ai arrêté de regarder trop loin.
Un barreau.
Un pied.
Une main.
Un mousqueton.
Puis le suivant.
Et encore un.
Finalement, je n’avais pas besoin de savoir si j’étais capable d’arriver tout en haut.
J’avais juste besoin de savoir si j’étais capable de faire le prochain pas.
Cette petite voix
Et puis, à un moment, j’ai entendu cette petite voix dans ma tête.
Une voix que je connais bien.
« Vas-y mon chouchou. »
J’ai souri.
Parce que cette voix-là m’a accompagnée pendant tellement d’années.
C’était celle de Jack.
Il n’était évidemment pas réellement sur cette paroi avec moi.
Et pourtant, pendant quelques secondes, il était là.
Je pouvais presque entendre son intonation.
Vas-y. Tu peux le faire.
Alors j’ai continué.
Un barreau après l’autre.
Avoir peur et avancer quand même
Pendant longtemps, j’ai peut-être cru que le courage consistait à ne pas avoir peur.
Aujourd’hui, je n’en suis plus tellement sûre.
Sur cette paroi, j’avais peur.
Par moments, même beaucoup.
Je n’étais pas soudain devenue une aventurière intrépide qui trouvait tout cela facile.
J’avais simplement décidé de continuer.
Avec ma peur.
Et finalement, c’était suffisant.
Peut-être que le courage ressemble simplement à cela.
Ne pas attendre que la peur disparaisse pour avancer.
Regarder derrière soi
Il y a quelque chose d’assez incroyable lorsque l’on arrive à un endroit où l’on peut enfin s’arrêter.
On regarde derrière soi.
Et on voit tout ce que l’on vient de parcourir.
Quelques minutes auparavant, on se demandait si on allait réussir à passer les prochains mètres.
Et maintenant, ils sont derrière nous.
Je crois que dans la vie, je ne regarde pas assez souvent derrière moi de cette manière.
Je regarde facilement ce qu’il reste à faire.
Ce que je n’ai pas encore réglé.
Les décisions que je dois prendre.
Les choses que je voudrais changer.
Et j’oublie parfois de regarder tout ce que j’ai déjà traversé.
Pourtant, il y en a eu, des parois.
Certaines bien plus impressionnantes que celle sur laquelle j’étais accrochée ce jour-là.
Et celles-là aussi, je les ai traversées.
Le prochain barreau
Je ne sais pas si cette via ferrata m’a appris quelque chose que je ne savais pas déjà.
Peut-être qu’elle m’a simplement permis de le ressentir autrement.
Je n’ai pas besoin de savoir aujourd’hui comment je vais franchir toutes les étapes qui m’attendent.
Je n’ai pas besoin d’avoir toutes les réponses.
Je n’ai même pas besoin d’attendre de ne plus avoir peur.
J’ai juste besoin de regarder ce qui est devant moi.
De trouver où poser mon pied.
De m’assurer que je suis bien accrochée.
Puis d’avancer.
Un pas après l’autre.
Parce qu’au fond, les grandes parois se franchissent peut-être exactement comme le reste.
Un barreau.
Un pas.
Puis le suivant.
Célia Cœurouvert
