Le bonheur à la lumière d’une frontale
Il suffit de peu de choses pour fabriquer un souvenir : deux vélos, un refuge, un petit apéro, du fromage fondu et quelqu’un avec qui partager tout cela. Et puis, la vie peut ajouter une petite touche de magie : une libellule, la nuit qui tombe et les habitants de la forêt qui nous regardent passer.

« Le bonheur ne fait pas beaucoup de bruit. Pour le voir, il faut ouvrir son cœur. »
Quand une balade devient une petite aventure
Il était 18 h 30 lorsque je suis arrivée chez Alex.
Au programme : un tour en VTT dans la forêt.
Enfin… c’est ce que je croyais.
Parce qu’avec Alex, j’ai appris qu’un simple tour en vélo peut parfois se transformer en une petite aventure.
Nous avons roulé jusqu’à un refuge perdu au milieu de la forêt. Là, il m’a annoncé que nous allions nous arrêter.
Et monsieur avait tout prévu.
Un petit saucisson pour l’apéro, une bouteille de chasselas, de quoi manger et même un minuscule appareil à raclette qui fonctionne avec des bougies à réchaud.
Et du thé à la menthe.
Mon préféré.
Oui, oui.
Une raclette au milieu de la forêt, avec mon thé préféré pour terminer.
C’est une des choses qui me touchent chez Alex. Cette attention aux petits détails. Cette envie de partager, de faire plaisir tout en se faisant plaisir.
Il ne tient pas en place.
Vraiment pas.
Avec lui, ça bouge.
Et qu’est-ce que j’aime ça !
Parce qu’au fond, cette vie-là, j’en avais rêvé.
Je l’avais imaginée.
Pas précisément cette soirée, évidemment. Je ne crois pas avoir un jour visualisé un homme sortant un appareil à raclette à bougies de son sac au milieu d’une forêt.
Mais j’avais imaginé cette sensation.
Partager ma vie avec quelqu’un qui aurait envie de découvrir, de bouger, d’inventer des petits moments, de partir quelque part simplement parce que ça nous faisait envie.
Et parfois, je le regarde et je me dis que c’est un peu fou.
Ce que j’avais imaginé existe aujourd’hui devant moi.
Le bonheur tient parfois dans presque rien
Nous nous sommes installés et avons regardé doucement le soleil descendre.
Le fromage fondait tranquillement pendant que nous parlions de tout et de rien.
De la vie surtout.
Et puis nous nous sommes dit que nous avions de la chance.
De la chance de vivre ça.
Parce qu’au fond, il n’y avait rien d’extraordinaire.
Pas de grand restaurant.
Pas d’hôtel cinq étoiles.
Pas de voyage au bout du monde.
Juste deux vélos posés contre un refuge, un petit saucisson, un verre de chasselas, quelques morceaux de fromage, un coucher de soleil et deux personnes heureuses d’être là.
Et puis, une libellule
C’est à ce moment-là qu’elle est arrivée.
Une libellule.
Elle s’est mise à tourner autour de nous.
Je l’ai regardée et j’ai souri.
Un de ces sourires qui viennent tout seuls, accompagnés d’une petite émotion que l’on ne cherche même pas à expliquer.
Les libellules ont cette drôle d’habitude d’apparaître dans ma vie lorsque je ne m’y attends pas.
Et chaque fois, elles provoquent quelque chose en moi.
Un sourire.
Une émotion.
Une sorte de petit frisson intérieur.
Je ne sais pas si elles veulent me dire quelque chose.
Et finalement, je n’ai peut-être plus besoin de le savoir.
J’aime simplement les voir apparaître.
Comme un petit clin d’œil de la vie.
Elle a tourné encore quelques instants autour de nous avant de poursuivre son chemin.
Et bientôt, nous avons poursuivi le nôtre.
Lorsque la forêt change de visage
Nous avons rangé notre petit campement, enfourché nos vélos et allumé nos lampes frontales.
Entre-temps, la nuit était tombée.
Et là, l’aventure a vraiment commencé.
Rouler dans une forêt en pleine nuit est une expérience assez étrange.
Tout change.
Les chemins que l’on connaît deviennent différents. Les arbres semblent plus grands. Les bruits prennent une autre dimension.
Les odeurs aussi.
Notre monde se résume soudain au petit faisceau de lumière devant notre roue.
Et puis, très vite, une autre sensation est apparue.
Celle que nous n’étions plus tout à fait chez nous.
Les invités de la forêt
Alex m’a dit quelque chose que j’ai trouvé très juste.
Rouler dans la forêt la nuit, c’est un peu comme être invité chez quelqu’un.
Quand on entre chez lui, on respecte sa maison, ses règles, ses habitudes.
Cette nuit-là, nous étions les invités des habitants de la forêt.
Alors nous avancions en essayant de faire notre place le plus discrètement possible dans leur monde.
À un moment, dans le faisceau de nos lampes, deux petits yeux ont brillé dans l’obscurité.
Probablement un renard caché quelque part.
Il ne bougeait pas.
Il nous observait.
J’ai trouvé ça adorable.
Et presque magique.
Plus loin, d’autres petits yeux semblaient parfois nous regarder passer.
Pendant quelques kilomètres, les rôles s’étaient inversés.
Nous n’étions plus ceux qui observaient la nature.
C’était elle qui nous observait.
Et je me suis sentie toute petite au milieu de cette immense forêt vivante.
Nous étions simplement de passage.
Deux drôles d’humains sur leurs vélos, avec des lampes sur le front, traversant pour quelques instants le territoire de ceux qui étaient chez eux.
Les habitants de la forêt nous regardaient.
Nous avancions.
Et chacun poursuivait sa nuit.
Quelques mètres de lumière suffisent
Par moments, j’avais un peu peur.
Et puis, quelques mètres plus loin, j’étais incroyablement fière de moi.
Je pédalais dans la forêt en pleine nuit !
Moi !
Alors j’avançais.
Un morceau de chemin après l’autre.
Un peu de stress.
Beaucoup d’excitation.
Et cette sensation délicieuse d’être terriblement vivante.
Je me suis aussi rendu compte d’une chose toute simple.
Avec une lampe frontale, on ne voit jamais très loin.
Quelques mètres tout au plus.
Et pourtant, cela suffit.
On n’a pas besoin de voir tout le chemin pour continuer à avancer.
Il suffit d’éclairer les quelques mètres qui sont devant soi.
Finalement, la vie ressemble peut-être parfois un peu à ça.
Et rentrer heureux
Vingt kilomètres plus tard, nous sommes rentrés.
Il était environ 22 heures.
Nous étions fatigués, probablement un peu transpirants, mais heureux.
Une douche, puis encore un moment à deux.
De la douceur.
De la tendresse.
Rien à raconter vraiment, parce que certaines choses n’ont pas besoin de mots.
Et puis Morphée.
Ce soir-là, avant de m’endormir, je me suis dit que j’étais une femme heureuse.
Vraiment heureuse.
Pas parce que ma vie est parfaite.
Mais parce que je sais de mieux en mieux reconnaître ces instants lorsqu’ils passent.
Un refuge.
Un saucisson et un verre de chasselas.
Du fromage fondu.
Mon thé à la menthe.
Un coucher de soleil.
Une libellule.
Quelques petits yeux brillant dans l’obscurité.
Une forêt plongée dans le noir.
Et la lumière d’une frontale pour continuer le chemin.
Finalement, le bonheur n’a peut-être pas besoin de beaucoup plus.
Il faut simplement être là pour le voir.
Célia Cœurouvert
