Le nuancier de la vie

L’autre soir, ma fille Léa est passée me voir. Elle avait besoin de parler. Elle m’a raconté qu’elle avait beaucoup pleuré la veille et que certaines choses étaient plus difficiles en ce moment. Je l’ai écoutée. Et après son départ, j’ai pensé aux couleurs de la vie. A celles qui éclatent en pleine lumière et à celles, plus sombres, que l’on aimerait parfois pouvoir effacer.

« La lumière ne fait pas disparaître l’ombre. Elle lui donne simplement une autre couleur. »

Il y a des jours comme ça

Il y a des jours où le soleil brille de mille feux.

Des jours où tout semble simple.

Les couleurs nous paraissent plus éclatantes que jamais et on se demande presque pourquoi on s’est fait autant de souci la veille.

Et puis il y a les autres jours.

Ceux où tout semble gris.

Où les choses nous agacent.

Où l’on doute.

Où l’on pleure parfois sans vraiment savoir si l’on pleure pour ce qui vient de se passer ou pour tout ce que l’on retenait depuis un moment.

Des jours où l’on aimerait simplement se blottir dans son lit et ne plus en sortir.

Je crois que nous connaissons tous ces jours-là.

Les couleurs de la libellule

J’aime beaucoup les libellules.

Je trouve cette petite créature absolument magnifique.

Lorsque le soleil vient toucher ses ailes, des couleurs apparaissent.

Du bleu.

Du vert.

Des reflets presque métalliques.

Et selon l’endroit où l’on se place, elles changent encore.

Pourtant, c’est toujours la même libellule.

C’est la lumière qui nous permet simplement de découvrir des couleurs que nous ne voyions pas quelques secondes auparavant.

L’autre soir, après le départ de ma fille, cette image m’est revenue.

Vouloir enlever le gris

Quand l’un de mes enfants ne va pas bien, mon premier réflexe de maman serait évidemment de vouloir arranger les choses.

Trouver une solution.

Rassurer.

Dire que ça va aller.

Et si possible, enlever immédiatement tout ce qui lui fait du mal.

Je sais aussi que je ne peux pas vivre leur vie à leur place.

Et surtout, je ne suis pas certaine que mon rôle soit de transformer tous leurs jours gris en journées ensoleillées.

Parfois, ils ont simplement besoin d’avoir le droit de trouver la journée grise.

De dire :

« Aujourd’hui, ça ne va pas. »

De pleurer.

D’être en colère.

D’en avoir marre.

Sans qu’on leur explique immédiatement pourquoi demain sera meilleur.

Peut-être que certaines journées n’ont tout simplement pas besoin d’être repeintes.

Elles ont seulement besoin d’être vécues.

Toutes les couleurs ont leur place

Je crois que pendant longtemps, j’ai moi-même cherché à éviter certaines couleurs.

Je voulais être heureuse.

Aller bien.

Avancer.

Voir le positif.

Comme si aller bien signifiait forcément vivre du côté lumineux du nuancier.

La vie n’est pourtant pas faite uniquement de couleurs éclatantes.

Il y a du gris.

Il y a du noir.

Il y a des couleurs que l’on adore et d’autres que l’on préférerait ne jamais rencontrer.

Et pourtant, elles font toutes partie du tableau.

L’ombre existe avec la lumière.

Et peut-être que la lumière elle-même nous apparaît différemment après avoir traversé certaines zones d’ombre.

Déposer sa palette

Après le départ de ma fille, j’ai eu envie de lui écrire.

Pas pour lui dire quoi faire.

Pas pour lui expliquer comment régler ce qui la préoccupait.

Simplement pour lui rappeler qu’elle avait le droit de vivre toutes les couleurs.

De sourire.

De pleurer.

De rire.

De chanter.

De danser.

D’aimer.

Et même parfois d’en avoir marre.

Parce que tout cela, c’est vivre.

Je ne pourrai pas choisir les couleurs qui viendront se poser sur le chemin de mes enfants.

Je ne pourrai pas leur éviter toutes les nuances sombres.

Je pourrai simplement être là lorsqu’ils auront besoin de déposer leur palette quelques instants.

Écouter.

Accueillir.

Être présente.

Sans forcément chercher à changer la couleur du moment.

Et peut-être leur rappeler que même dans le gris, il arrive qu’un petit rayon de lumière vienne se poser quelque part.

Parfois juste au coin de l’œil.

Et qu’alors, doucement, une autre couleur apparaît.

C’est peut-être cela, la vie.

Ne pas chercher à effacer certaines couleurs, mais apprendre doucement à aimer tout le nuancier.

Célia Cœurouvert

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