Maintenant
Il est six heures du matin. La maison dort encore et, pour une fois, moi, j’ai vraiment dormi. Un café, ma tasse préférée, deux chats persuadés de mourir de faim et quelques minutes de silence. Il n’en faut parfois pas beaucoup pour se sentir exactement là où l’on doit être.

« Le présent ne fait pas beaucoup de bruit. Il attend simplement que l’on revienne. »
Une vraie nuit
Il est six heures du matin.
Pour une fois, je me réveille reposée.
Une vraie nuit.
Une nuit comme je les aime.
Sept heures de sommeil d’une seule traite, sans réveil nocturne, sans négociations avec mon cerveau à trois heures du matin, sans cette étrange sensation d’avoir couru un marathon pendant mon sommeil.
Youhou !
Je me sens légère.
Presque triomphante.
Comme si j’avais remporté une petite victoire sur l’univers.
La maison dort encore.
Je me dirige vers la cuisine avec la satisfaction discrète de celles qui savent qu’une belle journée commence souvent par un bon café.
Mon précieux
Avant toute chose, j’ai besoin de ma dose matinale.
Mon rituel.
Mon précieux.
J’ouvre le placard et saisis ma tasse préférée.
Ma tasse.
Non, je ne suis pas égoïste !
Enfin… pas complètement.
Il existe simplement des objets qui appartiennent à notre histoire personnelle.
Des objets qui deviennent des compagnons de route.
Ma tasse en fait partie.
Elle est en terre cuite, dans des tons beige et sable.
Simple.
Imparfaite.
Belle.
Une seule gravure sur sa paroi : une ancre de marin.
Revenir ici
J’aime cette petite gravure fine et discrète.
Elle me rappelle de rester dans l’instant présent.
Car j’ai une fâcheuse tendance à voyager constamment entre passé, présent et futur.
Mon passé vient régulièrement me tirer par la manche.
Mon futur, lui, adore m’inquiéter avec des scénarios improbables.
Et pendant ce temps-là, le présent attend patiemment que je revienne.
Ma tasse est là pour me le rappeler.
Elle me dit :
Maintenant.
Être.
Respirer.
S’ancrer.
Ici.
Et simplement dire :
Merci.
La valse du matin
Je glisse une capsule dans la machine et appuie sur le bouton.
Le café commence à couler.
Un mince filet couleur ambre.
Son parfum envahit aussitôt la cuisine et termine de réveiller chaque cellule de mon corps.
C’est alors que la valse commence.
Comme tous les matins.
Peanuts et Mia apparaissent.
Les oreilles dressées.
Les yeux grands ouverts.
L’air scandalisé.
À croire qu’ils n’ont pas mangé depuis trois semaines.
Ils tournent autour de mes jambes avec l’insistance de deux petits vautours affamés.
Je manque de trébucher sur Mia.
« Une minute ! Je n’ai même pas bu mon café ! »
Mia me regarde avec ses grands yeux.
J’ai faim.
Et me voilà culpabilisée par un chat.
Je soupire.
Elle gagne.
Comme d’habitude.
Juste là
Quelques minutes plus tard, les félins sont enfin occupés à dévorer leur pâtée.
Le calme revient.
Je récupère ma tasse.
Mon trésor fumant.
Et je vais m’installer dans le canapé.
La maison est silencieuse.
Le jour commence à peine.
Je prends une première gorgée.
Et pendant quelques secondes, il n’y a plus ni passé ni futur.
Je n’ai rien à résoudre.
Rien à anticiper.
Rien à comprendre.
Il y a simplement le café.
Le silence.
Mes deux chats enfin convaincus qu’ils survivront à cette journée.
Et moi.
Juste là.
Je crois que j’ai longtemps imaginé le bonheur comme quelque chose qu’il fallait atteindre.
Un endroit où arriver.
Une situation dans laquelle, enfin, tout serait à sa place.
Et si parfois il était beaucoup plus discret que cela ?
Peut-être qu’il se glisse aussi dans ces quelques minutes où rien d’extraordinaire ne se passe.
Une maison encore endormie.
Une tasse chaude entre les mains.
Le jour qui commence.
Et cette douce sensation d’être exactement là où je dois être.
Pas hier.
Pas demain.
Maintenant.
Célia Cœurouvert
